Phénomène A(H1N1) – quand le scepticisme fait place au cynisme
L’article qui suit décrit un scénario purement hypothétique. Il est inspiré d’une entrevue avec l’épidémiologiste Tom Jefferson parue dans le quotidien allemand Spiegel.
Dans cette entrevue datant de juillet dernier, Jefferson insiste sur la différence entre l’influenza (la grippe) et le syndrôme grippal, un syndrôme présentant l’ensemble ou la majeure partie des symptômes de la grippe, mais qui peut être dû à une variété d’autres agents infectieux (il y en aurait près de 200). Jefferson explique que seulement environ 7% des décès associés au syndrome grippal sont causés par le virus de l’influenza lui-même. Le reste des décès serait découlerait des suites d’autres infections virales . Tous les chiffres sont des approximations puisqu’on ne sait que très rarement des suites de quelle infection virale précise les gens sont morts.
Imaginons maintenant une industrie pharmaceutique qui travaille depuis plusieurs années à attirer l’attention des médias et des populations sur les victimes du syndrôme grippal, pris dans son ensemble. C’est un travail de relations publiques et de communication. Il n’y a pas nécessairement de désinformation à proprement parler, il s’agit seulement de faire grimper les statistiques associées au syndrôme grippal dans la conscience publique.
À mesure que ces statistiques prennent de l’importance dans la conscience publique, il devient de plus en plus facile de débloquer des fonds pour la recherche. Mais il est difficile pour les chercheurs et les pharmaceutiques de combattre le syndrôme grippal dans son ensemble, puisqu’il est causé par près de 200 virus différents. C’est donc l’influenza qu’on cible. Ce choix n’est pas arbitraire. Avec 7% d’incidence parmi les autres causes du syndrôme grippal, l’influenza est tout de même, au meilleur de notre connaissance, la cause la plus courante du syndrôme.
Des carrières se font autour de la recherche sur l’influenza, une virus qui doit son «standing» médiatique à une peur alimentée par le sort des victimes de l’ensemble du syndrôme grippal. Avec la recherche qui s’accélère, la couverture médiatique emboîte le pas immanquablement. Ainsi se serait créée, dans ce scénario digne de la science-fiction, une star de la virologie.
L’industrie pharmaceutique «surfe» en quelque sorte sur ce gigantesque mouvement qui s’est crée en partie sur un innocent glissement de sens grippe/syndrôme grippal. C’est toute une aubaine. Contrairement, à un vaccin comme le RRO (rougeole, rubéole, oreillons) qu’on reçoit seulement deux fois dans sa vie, le vaccin contre l’influenza doit être renouvelé à chaque année.
Et les gouvernments dans tout ça? Et l’OMS et autres organismes sanitaires? S’agit-il d’un complot, d’une conspiration, comme le croient des dizaines de milliers d’internautes?
Quel intérêt y a-t-il eu pour les gouvernements à participer à une manoeuvre à l’issue de laquelle ils ont plus à perdre qu’à gagner : dépenses monstres, crise à gérer, promesse de subir des reproches peu importe la tournure des événements. Peut-être les gouvernements se sont-ils trouvé, tout simplement, pris en otages. Une fois que la peur s’est propagée, il faut agir. Il est trop tard pour désamorcer la situation. Si on minimise toute l’affaire , qu’on ne stocke pas de vaccins et que la pandémie prend une ampleur historique (ce qui était à tout moment réellement plausible), on se le fait reprocher pour des décennies. Si on stocke des vaccins et que la pandémie s’avère peu spectaculaire, on se fait reprocher dépenses et dramatisation inutiles, ce qui s’oublie drôlement plus vite que des dizaines de milliers de morts. Alors, on stocke et la machine est lancée.
Mise en garde à propos de l’entrevue du Spiegel : le Dr. Jefferson est reconnu pour défendre en entrevue des positions qui entrent en net contraste avec les résultats de ses travaux de recherche. Dans l’ensemble, le portrait qui ressort des travaux de son groupe de recherche sur le vaccin contre l’influenza est celui d’un vaccin plutôt efficace. il est aussi important de noter que les vaccins contre l’influenza assurent une certaine protection contre le syndrôme grippal quoique de dans une mesure nettement inférieure.
Vous pouvez consulter ces résultats de recherche en ligne sur le site Web du Cochrane Group :
«Vaccines for preventing influenza in healthy children»
«Vaccines for preventing influenza in the elderly»
«Vaccines for preventing influenza in healthy adults»
Notez que toutes ces études sont des méta-analyses, c’est à dire qu’elles consistent à analyser un ensemble d’études provenant de diverses sources. Elles se terminent par un résumé en langage de tous les jours.