Rhétorique des opposants à la vaccination (#1)
Je publie régulièrement des articles portant sur les principaux arguments utilisés dans le débat sur la vaccination. Ces articles, publiés dans un ordre arbitraire, contribueront à l’élaboration future de dossiers complets.
Élément de rhétorique #1 – Telle et telle figures d’autorité de la FDA (Food and Drug Administration) ou de Santé Canada sont contre la vaccination
Réponse rapide : il faut mettre cela dans le contexte du fait qu’il a plus d’un million de médecins aux États-Unis et au Canada. Dans le lot, il y en aura pour défendre toutes les thèses. Il y en aura même pour nier l’holocauste.
Une des stratégies réthoriques les plus courantes et les plus efficaces du mouvement anti-vaccination consiste à faire défiler les témoignagnes d’un grand nombre de spécialistes qui ont arrêté de croire à la vaccination. Cette façon de procéder est très impressionnante, mais il faut garder en tête que l’immense majorité des médecins continue de croire honnêtement dans le principe de la vaccination.
Dans son émission du samedi le 7 novembre, Jacques Languirand s’est laissé convaincre par cette rhétorique de l’accumulation et il l’a resservie à son public. L’ensemble de la partie de son émission consacrée à la vaccination est basée sur un livre de Sylvie Simon intitulé «Vaccins, mensonges et propagande». D’après le portrait qu’en fait M. Languirand, le livre de Mme. Simon ratisse large : on y suggère (comme ça, en passant!) que la vaccination aurait causé l’apparition du cancer chez l’homme. On nous affirme que Edward Jenner, un des pionniers de la vaccination aurait renié sa découverte vers la fin de sa vie, un peu comme Oppenheimer, horrifié sur le tard par ses travaux sur la bombe atomique. On mentionne de nombreuses campagnes de vaccination inefficaces ou dommageables (j’y reviendrai dans une analyse du livre de Sylvie Simon). Et, bien sûr, on cite un longue liste de figures d’autorité du monde médical qui ont rejoint les rangs des opposants à vaccination.
Pour reprendre les mots Languirand (mais d’un autre point de vue) : «Ça fait beaucoup…»
Il est à noter qu’au début de son émission M. Languirand présente le livre de Sylvie Simon comme étant publié chez un éditeur «très respecté sur le plan scientifique». En s’exprimant ainsi, M.Languirand trompe son public. En effet, comment un éditeur (Dangles : http://boutique.piktos.fr) qui publie des livres sur des sujets aussi peu scientifiques que la magie, la cartomancie, l’angéologie peut-il être présenté comme un éditeur «très respecté sur le plan scientifique»?
On ne lance pas une bombe, telle que cette suggestion que la vaccination aurait causé l’apparition du cancer chez l’homme, sans s’assurer qu’elle soit sérieusement documentée. La suggestion de M. Languirand est basée sur une observation circonstancielle d’un seul médecin, datant du début du 19e siècle. Le nombre de biais possible est incalculable. Il s’agit, dans le meilleure des cas, du germe d’une hypothèse de travail. M.Languirand est-il conscient de l’absence absolue d’indications scientifiques de l’existence d’un tel lien de causalité? Il semble ne pas s’être posé la question. Énoncer une chose comme ça dans le contexte actuel du phénomène A(H1N1), ça frôle l’irresponsabilité. Et faire ça au nom du «devoir journalistique d’informer», comme M.Languirand le présente, je trouve ça proprement scandaleux.
Une remarque générale à propos des stratégies rhétoriques : elles ne sont pas nécessairement employées de mauvaise foi. La rhétorique, c’est l’art ou la technique de persuader. Toute personne qui cherche à persuader fait de la rhétorique, plus ou moins consciemment. Dans le dossier vaccination, comme dans tout dossier controversé, il y a une surenchère de rhétorique. Elle se manifeste autant du côté des défenseurs de la vaccination que des opposants. Si je m’attarde sur ce phénomène, c’est parce que je crois qu’une des meilleures façons de comprendre comment un discours agit sur nous consiste à y identifier les éléments de rhétoriques dominants.