Sylvie Simon – idéologie anti-vaccination
Sylvie Simon est une opposante radicale à la vaccination. Lors de son émission radiophonique du 7 novembre 2009, Jacques Languirand puisait abondamment dans le dernier livre de Mme Simon : «Vaccins, mensonges et propagande» pour justifier son propre refus d’être vacciné. J’ai déjà parlé de l’émission de M. Languirand dans un article du mois dernier.
Il faut être conscient que ce n’est pas la vaccination que Sylvie Simon rejette, mais bien toute la science médicale moderne. Je propose ici une analyse critique de deux livres de Mme Simon : «Ce qu’on nous cache sur les vaccins» et «Les 10 plus gros mensonges sur les vaccins».
Idéologie
La position idéologique de Sylvie Simon est facile à résumer :
- L’immunologie est fondée sur une imposture
- Les médecins sont de petits robots qui font ce qu’on leur a appris sans poser de question
- Tous les vaccins sont inutiles et dangereux, à court ET à long terme
- Toutes les maladies contre lesquelles il existe des vaccins sont bénignes
- Il n’existe aucune preuve de l’utilité des vaccins
Si je commence par signaler le contenu idéologique des livres de Sylvie Simon, c’est parce tout son message est là. Vous verrez en lisant le reste de mon article que ce qui compte pour Sylvie Simon, c’est la conclusion. Et les faits sont mis au service de cette conclusion.
Pasteur vs Béchamp
L’auteure accorde beaucoup d’importance au fait que, selon elle, Louis Pasteur était un charlatan et un imposteur. Ces attaques contre Pasteur ont pour objectif de lui substituer un autre héros : Antoine Béchamp, un contemporain et rival de Pasteur, aujourd’hui largement oublié par l’histoire médicale. Il y a une logique derrière cette volonté de réhabiliter Béchamp : les théories de celui-ci sont plus compatibles avec plusieurs thérapies alternatives comme l’homéopathie ou la naturopathie.
Cherry-picking

Cherry-picking
Un exemple de paragraphe qui exprime bien le mépris de l’auteure pour le contexte duquel sont tirées ses citations :
«L’immunisation des enfants fait plus de mal que de bien» a déclaré le Dr. J. Antonio Morris, ancien responsable du contrôle des vaccins à la FDA. Quand au Dr. Albert Schweitzer (prix Nobel en 1952), il avait remarqué que les premiers cancers en Afrique était apparus cinq ans après les premières vaccinations.
Voilà pour Morris et voilà pour Schweitzer, on n’entendra plus parler d’eux. Sylvie Simon passe à un autre paragraphe choc.
Rhétorique fallacieuse
Simplifications, généralisations, lieux communs, hommes de paille, c’est toute une panoplie de stratégies rhétoriques fallacieuses qui sont mises à profit par l’auteure dans ses efforts pour mettre de l’avant sa position idéologique. La méthode Sylvie Simon peut se résumer ainsi : les faits au services de l’idéologie, ni plus ni moins.Les chapitres des livres de Sylvie Simon se construisent sur une logique de l’accumulation. Accumulation de citations-chocs, accumulation de paragraphes dénonciateurs dont le lien de continuité est un rejet global de la science médicale sous prétexte qu’elle n’est pas «naturelle».
Simon puise librement dans de tout ce qui a pu se dire de négatif sur la vaccination en deux siècles. Le contexte n’est pas important, tout ce qui compte c’est que chaque paragraphe, chaque citation contribue au matraquage des positions idéologique de l’auteure : la médecine est corrompue, les vaccins sont inutiles et dangereux, les maladies sont bénignes et faciles à soigner. Il faut comprendre qu’avec une telle méthode, on pourrait construire des livres dénonçant absolument n’importe quoi.
Voici un exemple typique de la rhétorique fallacieuse que nous sert Sylvie Simon : dans «Les 10 plus gros mensonges sur les vaccins», la première phrase du chapitre intitulé «Les accidents vaccinaux sont exceptionnels» est une réponse directe au titre du chapitre : «Ce mensonge est monumental. Aucun vaccin n’est jamais sûr à 100%». Il s’agit ici d’un homme de paille d’un manque de subtilité peu commun. Sylvie Simon commence avec une affirmation qui correspond au discours médical «Les accidents vaccinaux sont exceptionnels» qu’elle déforme aussitôt en faisant comme si l’affirmation était «les vaccins sont sûrs à 100%». Puis, c’est ce «mensonge» que l’auteure dénonce.
L’auteure reprend cette même stratégie très souvent dans ses livres : prétendre dans un premier temps que les autorités médicales affirment que les vaccins sont sans aucun risque pour ensuite dénoncer ce mensonge. Ce n’est qu’un exemple de rhétorique fallacieuse. Les livres de Sylvie Simon ne sont qu’une suite ininterrompue de manoeuvres du même acabit.
Sylvie Simon déplore très souvent le manque de réceptivité de l’establishment médical, sans réaliser que son profond manque de rigueur et de méthode la discrédite et ruine ses chances d’être prise au sérieux.
Références et contexte
En plus d’omettre la plupart du temps le contexte, Simon donne ses références de façon arbitraire et capricieuse. Parfois, on trouve la référence complète, parfois elle ne mentionne que l’auteur ou l’année, parfois les références contiennent des erreurs.
Pour le chapitre portant sur la rougeole dans «Ce qu’on nous cache sur les vaccins», j’ai vérifié trois citations consécutives tirées, d’après l’auteure, du Journal of the American Medical Association (JAMA).
1 – «Le 15 janvier 1988, Jama alertait ses lecteurs : « Le record d’immunisation a été signalé dans les écoles de browning Mount (sic) aux États-Unis, où le plus grand nombre de cas de rougeole fut recensé, atteignant 98,7% des étudiants très correctement vaccinés »».
J’ai été incapable de localiser la citation dans le numéro, qui ne comportait aucun article sur la vaccination ou la rougeole. Seule possibilité : que la citation ait été tirée d’une lettre d’un lecteur ou d’un autre micro-texte ou entrefilet qui m’aurait échappé. Une recherche sur le Web me permet par contre de trouver cet article qui correspond de très près à la citation. L’article n’est pas tiré de JAMA, mais du American Journal of Epidemiology. On y apprend que l’épidémie mentionnée s’est déclaré à Browning (avec une majuscule sur le «B»!) au Montana, et non à Browning Mount.
2 – «Et en 1990, le 15 juillet, le même journal informait ses lecteurs qu’une proportion de 83% des malades victimes d’une épidémie prolongée avaient été correctement vaccinés.»
Cette citation de JAMA fait référence à une date de publication inexistante. En examinant les numéros précédent et suivant de JAMA, j’ai été incapable de localiser la citation. Une fois encore, aucun article sur la vaccination ou la rougeole dans ces deux numéros de JAMA. Un survol des micro-textes ne me permet pas localiser la citation.
3 – «Comme le soulignait en 1990 le magazine médical Jama dans son édition française (vol. 15 no 210) « Le vaccin donne la rougeole », mais les crèches, dont les responsables ne lisent évidemment pas Jama, même en français, l’exigent pour l’admission des bébés».
Ce numéro de JAMA comporte un article intitulé «Épidémie prolongée de rougeole malgré une bonne couverture vaccinale», cependant, l’article ne comporte aucunement la citation «Le vaccin donne la rougeole» ou quoi que ce soit qui y ressemble. L’article est un résumé en français d’un article plus long de l’édition originale américaine, qui élabore, en détail, différentes hypothèses pouvant expliquer l’éclosion de cette épidémie dans un milieu vacciné. L’article mentionne, par contre, que «Parmi les 218 rougeoles certaines (83,4 %) concernaient des sujets correctement vaccinés», ce qui correspond exactement à la citation numéro 2! Madame Simon a manifestement du mal à gérer ses informations.
En fait, tout indique que pour Sylvie Simon, la pratique qui consiste à fournir correctement ses références est un exercice futile. Dans le contexte où l’auteure propose une remise en question complète de l’immunologie, on est en droit de s’attendre à qu’elle fasse preuve, au minimum, de la qualité la plus indispensable à tout effort de contribution à la connaissance humaine : la rigueur intellectuelle. En omettant de citer convenablement ses sources, Sylvie Simon se rend coupable d’un attitude qu’elle reproche pourtant vertement à l’establishment médical : le dogmatisme. En effet, quel est le message implicite envoyé par cette négligence, si ce n’est qu’elle revient à dire : « Faites-moi confiance : je sais »?Deux poids, deux mesures
Deux poids, deux mesures
L’auteur critique abondamment les autorités médicales, mais lorsqu’une de ses sources possède un doctorat ou publie dans une revue scientifique prestigieuse, elle ne manque jamais de le souligner. Dans le même ordre d’idées, je constate que Sylvie Simon cite Mark Twain pour critiquer l’usage des statistiques par la science médicale («Il existe trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques») tout en ne se gênant pas pour faire référence aux statistiques qui semblent supporter ses thèses à elles.
Banalisation irresponsable des maladies
Quelle meilleure manière d’invalider la vaccination qu’en affirmant que les maladies visées par celle-ci sont bénignes? Toutes bénignes et faciles à soigner.
Dans «Ce qu’on nous cache sur les vaccins», l’auteure termine ses chapitres par de petites suggestions homéopathiques ou autre. Systématiquement, elle annonce que la maladie (rougeole, rubéole, poliomyélite, etc.) est bénigne et facile à soigner. Voici sa suggestion pour soigner la polio :
Nombre de médecins conseillent la vitamine C à haute doses dans le traitement de toute maladie virale. Dans son ouvrage La polyomiélite : quel vaccin? quel risque? le Dr. Jean Pilette préconise diverses méthodes pour prévenir et guérir la maladie, dont le vaccin homéopathique et le Lathyrus en doses homéopathiques. La thérapie par l’iode colloïdal contrôlerait la polyomiélite aigue (travaux des Dr Ortiz et Calcada de Mexico et du Dr R.R.Scoby de Syracuse). Et, surtout, n’oublions pas que le virus est détruit autour de 39o à 40o, et, si on permet à la température de monter ainsi, sous étroite surveillance évidemment, aucune séquelle ne devrait subsister.
J’invite le lecteur à vérifier quelle sorte de documentation il existe sur les travaux cités sur l’iode colloïdal ainsi que de quand datent ces travaux. En ce qui concerne le traitement par fortes doses de vitamine C, voici ce que Wikipedia nous dit sur l’utilisation de ce traitement pour combattre la polio :
Pour ce qui est de l’utilisation de fortes doses de vitamine C pour le traitement de «toute les maladies virales», plusieurs pistes sont étudiées (voir la page de Wikipedia sur la vitamine C), mais elles doivent l’être une à une. Il y a plusieurs pistes prometteuses, mais rien de particulièrement convaincant pour l’instant. Finalement, comment la polio aurait-elle fait des millions de victimes s’il suffisait d’un bon coup de fièvre pour la soigner?Le docteur américain Claus Washington Jungeblut avait émis en 1935 l’hypothèse que la vitamine C puisse inactiver le virus de la poliomyélite. Il publia une série de papiers entre 1936 et 1939 dans lesquels il montrait que l’administration d’acide ascorbique chez des singes infectés diminuait la sévérité de la maladie. Albert Sabin, en collaboration avec Jungeblut, essaya de reproduire ces résultats mais n’y parvint pas, ce qui mit un terme à cette voie de recherche.
Conclusion
Les livres de Sylvie Simon s’inscrivent au sein de ce qui s’écrit de pire du côté du mouvement d’opposition à vaccination. Il y a, bien sûr, des éléments de réflexions intéressants. Cependant, le manque de rigueur et la mauvaise foi de l’auteure, autant dans la construction des arguments que dans la référence à des éléments factuels, fait en sorte qu’il revient au lecteur de faire un immense travail de filtrage des éléments de désinformation et de rhétorique frauduleuse. Dans le contexte d’une controverse qui comporte déjà sa large part d’enflure rhétorique, je ne vois pas l’intérêt de ces livres qui tracent un portrait caricatural de la situation.

